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Et si nous parlions du Nutri-score ? Au cœur de nombreuses polémiques, il m’a paru important de pouvoir vous proposer un article autour de ce logo nutritionnel qui divise. Peut-être pourrions-nous envisager une façon moins binaire d’analyser ce logo (MAUVAIS ou BON) ?

Et si nous commencions par le début : qu’est-ce que le Nutri-Score ?

Le Nutri-Score est un système synthétique et graduel apposé en face avant des emballages. Chaque produit est ainsi positionné sur une échelle à 5 niveaux allant :

  • du produit  le plus favorable sur le plan nutritionnel (classé A)
  • au produit le moins favorable sur le plan nutritionnel (classé E)

La catégorie à laquelle appartient l’aliment est mise en exergue sur le logo par une lettre plus grande.

Un peu d’histoire autour de ce logo

Pour améliorer l’accès à une alimentation équilibrée et favorable à la santé, l’article 14 de la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 prévoit que les pouvoirs publics recommandent un système d’étiquetage nutritionnel synthétique, simple et accessible pour tous.

Le Nutri-Score a été mis en place pour la première fois en France en 2017, en se basant sur les travaux de l’équipe du Pr. Serge Hercberg ainsi que l’expertise de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) et du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP).

Quels produits sont concernés ?

À quelques exceptions près (herbes aromatiques, thés, cafés, levures, etc.), tous les produits transformés et les boissons sont concernés par le Nutri-Score (exceptée les boissons alcoolisées). Les produits non transformés comme les fruits et légumes frais ou le poisson frais ne sont pas concernés, de même que les boissons alcoolisées.

Toutefois, l’application du Nutri-Score est facultative, elle repose sur le volontariat des entreprises de l’agroalimentaire et des distributeurs. Voici la liste à jour (Avril 2021) des entreprises engagées.

Comment est calculé le score du produit ?

Pour calculer le Nutri-Score d’un produit, les chercheurs ont mis au point un algorithme basé sur 7 critères. Certains critères permettent au produit analysé d’avoir des points positifs, d’autres critères des points négatifs :

  • Eléments favorables : teneur en fruits, légumes, légumineuses ou légumes secs (lentilles, flageolets, pois chiches …), oléagineux (amandes, noix, noisettes …), mais également la teneur en fibres et en protéines ;
  • Eléments défavorables : énergie, teneur en sucre, en graisses saturées et en sel.

Quels sont les objectifs cet outil de prévention ?

Le Nutri-Score a été développé pour faciliter la compréhension des informations nutritionnelles par les consommateurs et ainsi de les aider à faire des choix éclairés.

Le Nutri-Score répond à un triple objectif :

  1. Permettre aux consommateurs d’appréhender d’un seul coup d’œil la qualité nutritionnelle des aliments
  2. Inciter les industriels à innover et reformuler leurs produits pour améliorer la qualité nutritionnelle de l’offre alimentaire
  3. Faciliter le conseil nutritionnel par les professionnels de santé.

Les avantages du Nutri-Score

  • Facile et clair à comprendre pour donner déjà une première information sur la qualité : 5 lettres du vert au rouge, sans fioritures et en face avant des emballages
  • Adapté aux personnes ayant des difficultés à comprendre les étiquetages nutritionnels : Le Nutri-Score est un moyen de rendre l’information nutritionnelle accessible à tous et d’orienter nos choix vers des produits meilleurs sur le plan nutritionnel, en nous donnant la possibilité de choisir un produit mieux classé en un clin d’œil. Notamment lors du choix d’un produit d’une même gamme (ex: céréales du petit déjeuner, gâteaux, plats préparés…).
  • Il incite les professionnels de l’industrie à revoir la composition nutritionnelle de leurs produis afin d’avoir un meilleur score et pas conséquent les améliorer.

Malheureusement comme toute chose, passons aux limites de ce dispositif

  • Il n’est pas obligatoire : les industriels ont donc le choix d’apposer ou non ce logo … Autant vous dire que les marques proposant des produits avec des compositions nutritionnelles plus douteuses que les autres n’ont pas fait du Nutri-Score un choix !
  • La notation ne prend pas en compte la qualité nutritionnelle du produit mais uniquement la composition nutritionnelle. Par exemple le Nutri-Score ne distingue pas bien les glucides à haute valeur nutritionnelle de ceux qui n’apportent que des calories « vides ». Ex : les galettes de riz soufflé ont un Nutri-score A ou encore l’huile d’olive vierge de première pression à froid affiche un D ou E même score que pour une huile raffinée.
  • Ne sont ni pris en compte le degré de transformation, ni la provenance, ni la présence ou non d’additifs, de contaminants ou autres … Par exemple, un aliment 0% ou soda pourront se retrouver avec un Nutri-score A.
  • Pas de prise en compte de la taille de la portion consommée, ni de la fréquence de consommation, ni de la notion d’équilibre alimentaire. Ex : Le beurre est souvent mal noté, cependant une noix de beurre a-t-elle déjà tuée quelqu’un ? Des produits comme l’huile, le chocolat s’inscrivent parfaitement dans une alimentation équilibrée. Certains scientifiques alertent alors sur la stigmatisation potentielle de certains aliments, voir un effet infantilisant et culpabilisant de l’outil.
  • Il ne tient pas en compte du mode de préparation à la maison : en effet des frites surgelées peuvent avoir un Nutri-Score A. Une fois passées à la friteuse et salées grossièrement à la maison, il ne serait plus clairement à ce moment-là question d’un Nutri-score A… Cependant ces notions sont mal connues des consommateurs.

Initialement le Nutri-Score a été mis en place de manière complémentaire aux recommandations du PNNS ainsi que pour aider les consommateurs lors de leurs courses à choisir entre plusieurs produits d’un même rayon ou comparer la qualité nutritionnelle pour un même produit de différentes marques. Mal informé et mal accompagné, l’utilisation de cet outil peut alors avoir un effet délétère.

Le cas des Chocapic de Nestlé, un bon exemple alliant bons et mauvais points

POINTS POSITIFSPOINTS NEGATIFS
Nutri-score B : comparé aux autres céréales du petit-déjeuner, majoritairement C ou D
Utilisation d’une farine de blé complet plus riche en fibres
Logo AB donc issu de l’agriculture biologique
Effort fait par Nestlé pour proposer un produit de meilleure composition nutritionnelle
Croyez-vous vraiment que Nestlé a pensé à notre santé, ou tout simplement au bel argument marketing que cela lui apporte ?

Les Chocapic sont un produit ultra-transformé composé de plus de 9 ingrédients.
IG = 76 du à la méthode de fabrication => glucides de mauvaise qualité augmentant trop fortement et trop rapidement le taux de sucre sanguin.

Présence de sucres ++++
Degré de transformation ++

Et cet exemple est emblématique de comment cet indice peut être détourné au profit des industriels. Car les Chocapic, malgré le « bon » Nutriscore, sont en réalité un aliment ultra-transformé. Comme plus de 50 % des produits de cette catégorie B !

Attention à ne pas regarder uniquement ce qu’on essaye de nous montrer, mais de garder un oeil critique !

Pour conclure

Si le Nutri-score prend en compte de nombreux composants nutritionnels, il est clair que le Nutri-score et son algorithme de calcul n’intègrent pas d’autres dimensions comme le degré de transformation de l’aliment, la présence d’additifs et d’autres substances toxiques susceptibles d’être nuisible à la santé de l’Homme comme celle de l’environnement.

Pourquoi ne pas proposer alors un outil permettant de couvrir l’ensemble de ces dimensions ?

Tout simplement car actuellement nous ne sommes pas capables techniquement de proposer un tel outil et que nous manquons de retour et de recherches scientifiques autour de ces nombreux questionnements autour de la transformation des aliments, de la présence de composés toxiques…

Le logo Nutri-score n’a pas pour prétention d’être un système d’information globale sur la dimension santé des aliments mais uniquement sur la composition et qualité nutritionnelle, à ça devrait en effet s’ajouter des informations spécifiques au degré de transformation, à la provenance des aliments, à la présence de certains composés potentiellement toxiques…

Et si je vous disais que j’avais une autre solution ?

Nombreux autres indicateurs ou logos existent sur le marché actuellement tous prêchant leur paroisse, mais qui dans la finalité ont tous leurs avantages et leurs inconvénients … Comme tout !

Je ne suis ni pro Nutri-score ni contre, mais je pense que mes collègues diététiciens et moi même avons un fort rôle à jouer en tant que professionnel de la nutrition. Pourquoi ne pas se servir du Nutri-score et autres logos ou applications pour accompagner les consommateurs et vous même à aiguiser leur sens d’analyse et de décryptage, et ainsi à vous aider à faire leurs propres choix alimentaires ?

Nombreux sont les sujets de discussions possibles : marketting, lobbying, lecture d’étiquettes, logos, composition nutritionnelle, ultra-transformation …. J’appelle ça de l’éducation nutritionnelle 🙂 A nous de jouer !

NB : Une alimentation équilibrée, variée, à base de produits bruts, si possible issus de circuits courts et de saison ! Voila le secret ! Rien de très bon ne ressort des aliments ultra-transformés…

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